Today: septembre 30, 2026

Grace Coddington

Directeur artistique
Britannique
Grace Coddington

Grace Coddington est une styliste de mode, directrice artistique et ancienne mannequin britannique née au Pays de Galles en 1941. Après une carrière de mannequin dans le Londres des années 1960, elle rejoint British Vogue en 1968, puis American Vogue en 1988. Pendant près de trois décennies, elle y construit des séries photographiques conçues comme de véritables récits visuels, en collaboration avec Annie Leibovitz, Steven Meisel, Peter Lindbergh ou Arthur Elgort. Son travail a contribué à faire du stylisme éditorial un élément central de la photographie de mode.

Grace Coddington, celle qui fabriquait l’image

Une photographie de mode porte généralement le nom du photographe.

Elle dit rarement qui a imaginé la robe dans ce décor, construit la situation, choisi le modèle, déplacé les vêtements, pensé la lumière avec l’équipe ou décidé qu’une série devait raconter une histoire plutôt que simplement montrer une collection.

La carrière de Grace Coddington permet précisément de regarder cet endroit moins visible de la fabrication des images.

Pendant près de cinquante ans, elle a travaillé avec certains des photographes les plus importants de la mode. Irving Penn, Helmut Newton, Steven Meisel, Peter Lindbergh, Annie Leibovitz, Arthur Elgort, David Sims, Craig McDean ou encore Paolo Roversi apparaissent dans ses archives. Phaidon

Elle n’est pourtant photographe d’aucune de ces images.

Et c’est précisément ce qui rend son travail intéressant.

Avant de fabriquer les images, être dedans

Coddington grandit loin de Londres, à Trearddur Bay, au Pays de Galles. À 18 ans, elle quitte cet environnement pour devenir mannequin. Elle appartient ainsi au Londres de la mode qui précède puis accompagne les Swinging Sixties. Vogue

Cette première carrière compte davantage qu’une simple ligne biographique.

Être passée devant l’objectif lui donne une connaissance physique de la photographie de mode : ce qu’un vêtement fait lorsqu’un corps bouge, la relation avec le photographe, l’attente sur un plateau, la différence entre porter une robe et produire une image avec elle.

Après sa carrière de mannequin, elle rejoint British Vogue en 1968 comme fashion editor. Elle y restera près de vingt ans. Phaidon

En 1987, elle part pour New York et devient design director chez Calvin Klein. L’expérience est courte. Dès 1988, elle rejoint American Vogue, la même année qu’Anna Wintour. Elle en deviendra creative director et conservera cette fonction jusqu’en 2016. Vogue

Mais cette chronologie explique mal ce qu’elle a réellement apporté.

Un vêtement peut raconter une histoire

Le territoire de Coddington est celui du fashion story.

Un éditorial ne doit pas seulement permettre de regarder les vêtements. Il peut produire une fiction.

Phaidon décrit son travail comme le passage du portrait statique à des tableaux vivants, tandis que les prises de vue en extérieur deviennent de véritables narrations cinématographiques. Phaidon

C’est une distinction fondamentale.

Le stylisme ne consiste alors plus seulement à sélectionner une robe et les accessoires qui fonctionneront avec elle. Il organise une relation entre vêtement, modèle, espace, mouvement et photographie.

Chez Coddington, une robe peut courir dans un paysage, appartenir à un conte, devenir un costume ou participer à une scène dont on ignore ce qui s’est passé juste avant.

L’image suggère un monde au-delà de son cadre.

Pour OFFSCREEN, difficile de demander mieux.

Alice porte du Vogue

L’une de ses séries les plus célèbres paraît dans Vogue en décembre 2003.

Avec Annie Leibovitz, Coddington réinterprète Alice au pays des merveilles. Natalia Vodianova devient Alice tandis que les créateurs occupent eux-mêmes les rôles de Lewis Carroll : Tom Ford joue le Lapin blanc, Marc Jacobs la Chenille, Stephen Jones le Chapelier fou et John Galliano la Reine rouge. Vogue

La mode ne constitue plus seulement le sujet de l’image.

Elle devient son casting, son décor et son scénario.

Cette méthode traverse une grande partie du travail de Coddington : littérature, cinéma, histoire de l’art et imaginaire collectif peuvent servir de structures à partir desquelles reconstruire le vêtement.

Ses collaborations changent pourtant selon les photographes. Les grands espaces photographiés avec Arthur Elgort ne produisent pas les mêmes images que les récits d’Annie Leibovitz ou l’esthétique de Steven Meisel.

Son style tient donc paradoxalement à sa capacité à ne pas imposer partout la même signature.

Le métier invisible

Cette position explique aussi pourquoi The September Issue a changé sa notoriété.

Le documentaire de R.J. Cutler, sorti en 2009, suit la fabrication du numéro de septembre 2007 d’American Vogue. Coddington ne souhaitait initialement pas y participer. Elle pensait même que ses scènes pourraient disparaître au montage. Vogue

C’est presque l’inverse qui se produit.

Le film rend visible une personne dont le métier consistait jusque-là précisément à rester derrière les images.

On la voit défendre ses séries, discuter les choix éditoriaux et observer quelles photographies survivent au processus de sélection. Le public découvre ainsi qu’une photographie publiée dans Vogue n’est pas seulement la rencontre d’un photographe et d’un mannequin.

Elle résulte d’une chaîne de décisions.

Coddington en est l’une des architectes.

Dessiner pour regarder

Elle possède aussi une autre habitude : dessiner les vêtements.

Pendant les Fashion Weeks, Coddington esquisse les silhouettes qu’elle voit défiler. Elle explique que le dessin l’aide à se souvenir de ce qu’elle a regardé. Vogue

Ces dessins sont immédiatement reconnaissables : simples, légers, souvent humoristiques.

Ils ont progressivement acquis une existence autonome. En 2019, Marc Jacobs Illustrated rassemble ainsi ses dessins de plus de cinquante collections de Marc Jacobs, sélectionnées dans une carrière commencée au début des années 1990. Phaidon

L’illustration révèle quelque chose de sa méthode.

Regarder un vêtement ne suffit pas. Il faut le reconstruire mentalement.

Après Vogue

En 2016, Coddington quitte son poste de creative director d’American Vogue et poursuit son travail de manière indépendante. Phaidon

Elle développe depuis des projets avec différents magazines et marques, notamment Louis Vuitton et Astier de Villatte, tout en poursuivant son travail éditorial. Phaidon

En 2026, cette période fait l’objet de Grace: Now, troisième grand volume publié par Phaidon autour de son travail. Le livre réunit ses collaborations de la dernière décennie avec treize photographes ou duos, parmi lesquels Annie Leibovitz, Steven Meisel, Peter Lindbergh, Paolo Roversi, David Sims, Jamie Hawkesworth, Karim Sadli et Inez & Vinoodh. Vogue

À 85 ans, elle continue donc de fabriquer des images.

Mais l’intérêt de Grace Coddington dépasse largement la longévité d’une carrière.

Elle permet surtout de rappeler quelque chose que la photographie de mode dissimule facilement : une image peut avoir un auteur sans avoir un seul auteur.

Le photographe déclenche.

Mais quelqu’un a parfois commencé à imaginer la photographie bien avant que l’appareil ne soit sorti.

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