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mars 20, 2026
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Focus : La jeunesse filmée sans filtre

Entre A24 et Céline Sciamma, l’âge où tout se cherche encore.


La jeunesse n’est plus un thème, c’est un climat.
Au cinéma, elle n’est plus racontée depuis l’extérieur — elle se filme elle-même.
Fini le coming-of-age édulcoré : la génération A24 et Céline Sciamma préfère l’incertitude, le silence, la chair qui doute.
Ce n’est plus l’âge des promesses, mais celui des premières lucides.

L’ère du vrai sans pose

Les films de Céline Sciamma, Charlotte Wells, Lukas Dhont, Greta Gerwig ou A24 (de Eighth Grade à Lady Bird et Aftersun) partagent un même refus de la performance.
La jeunesse qu’ils montrent n’est pas héroïque : elle hésite, se tait, regarde ailleurs.
Les visages ne jouent pas, ils existent.
L’émotion passe par les gestes, les regards coupés, les respirations.
Le cinéma de l’adolescence n’a jamais été aussi pudique — ni aussi précis.

La douceur comme radicalité

Ces films n’ont pas besoin de crises spectaculaires.
Leur intensité vient du détail : un soleil sur une peau, un silence dans une chambre, une phrase manquée.
Dans Aftersun, un père danse pour sa fille — et tout le film s’y tient.
Chez Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu, Petite maman), les émotions se lisent dans les gestes retenus, pas dans les cris.
La douceur n’est plus faiblesse, mais résistance : elle refuse la vitesse du monde.

Les visages du présent

Ce cinéma-là n’idéalise plus la jeunesse : il la documente.
La génération des téléphones et des filtres cherche des images qui respirent.
Le réalisme d’aujourd’hui n’est plus celui de la rue, mais celui de la peau, de la lumière, du temps ressenti.
La caméra devient un miroir qui soigne, pas un jugement.
C’est un cinéma qui accompagne plus qu’il ne raconte.

L’après-jeunesse

Ces films parlent moins de “passage à l’âge adulte” que de perte : perte d’innocence, de lumière, de repères.
Dans Close (Lukas Dhont), dans Call Me by Your Name ou The Florida Project, la jeunesse n’est pas un état mais une fracture.
Ce qu’on appelle “grandir”, ici, c’est apprendre à faire avec la nostalgie avant même d’avoir vieilli.
La mélancolie devient maturité.

Un regard de l’intérieur

La grande révolution de ce cinéma, c’est qu’il n’observe plus la jeunesse, il la vit.
Les réalisateurs tournent avec leurs acteurs, souvent dans des décors réels, sans maquillage narratif.
Le son, la lumière, les silences : tout est de l’ordre de l’écoute.
Le cinéma d’aujourd’hui ne demande plus “que devient la jeunesse ?”
Il répond : “elle est là, dans le plan, sans effet.”

Référence filmique

🎬 Aftersun (Charlotte Wells, 2022) — Un père, une fille, un hôtel, des souvenirs en Super 8.
L’un des films les plus discrets et les plus bouleversants de ces dernières années.

Encadré : à voir / à lire / à écouter

À voir
Aftersun (Charlotte Wells, 2022)
Close (Lukas Dhont, 2022)
Lady Bird (Greta Gerwig, 2017)
Petite maman (Céline Sciamma, 2021)
The Florida Project (Sean Baker, 2017)

À lire
– Vivian Gornick, The Situation and the Story
– bell hooks, Teaching to Transgress
Richard Brody, Everything Is Cinema

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