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mars 24, 2026
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Focus : Prix Drawing Now 2026 — cinq artistes, une ligne de fracture


Le dessin n’est plus un médium. C’est un territoire instable.


Chaque année, le Prix Drawing Now agit comme un radar discret mais précis : il capte ce que le dessin devient, au moment exact où il bascule.
Pour l’édition 2026, cinq artistes ont été sélectionnés — cinq pratiques qui refusent le cadre, chacune à sa manière.


Un prix qui mesure l’état du dessin

Attribué depuis plus de 15 ans, le Prix Drawing Now distingue un·e artiste de moins de 50 ans présenté·e dans la foire.
Cette année, cinq profils ont été retenus parmi plus de 70 galeries internationales — avec à la clé un soutien global (production, exposition, publication) et une dotation renforcée. 

Mais au-delà du prix, ce qui compte vraiment ici, c’est la sélection :
→ un instantané du dessin contemporain en train de muter


Les artistes à suivre

Guénaëlle de Carbonnières — cartographier le réel jusqu’à l’épuisement

Chez Guénaëlle de Carbonnières, le dessin devient presque un outil d’enquête.
Son travail s’appuie souvent sur des images existantes — paysages, architectures, territoires — qu’elle retranscrit avec une précision froide, presque clinique.

Mais ce réalisme n’est jamais neutre.
Il produit une distance, une forme de trouble :
comme si le monde, trop regardé, finissait par se fissurer.

Le dessin ici ne représente pas.
Il analyse.


Roman Moriceau — dessiner comme on construit un récit

Roman Moriceau travaille le dessin comme un langage étendu :
texte, image, narration, tout se mélange.

Ses œuvres fonctionnent souvent comme des systèmes ouverts, où le spectateur doit recomposer du sens.
Il y a quelque chose de presque littéraire dans sa pratique — une manière de raconter sans jamais fixer une version définitive.

Le dessin devient alors une structure mentale.
Un espace de projection.


Chloé Vanderstraeten — la nouvelle génération sans complexe

Plus jeune de la sélection, Chloé Vanderstraeten incarne une génération qui n’a plus besoin de justifier le dessin.

Son travail est direct, intuitif, souvent frontal.
Il joue avec les codes visuels contemporains, les détourne, les simplifie, les accélère.

On y retrouve une énergie presque digitale :
rapide, fragmentée, instinctive.

Le dessin n’est plus un médium lent.
C’est un geste immédiat.


Maxime Verdier — tension, matière, débordement

Chez Maxime Verdier, le dessin déborde.
Il sort du cadre, devient matière, parfois presque sculpture.

Ses compositions jouent sur l’accumulation, la densité, la saturation visuelle.
On est face à quelque chose de physique, presque organique.

Le trait n’est plus une ligne.
C’est une force.


Katarzyna Wiesiolek — fragilité et intensité du geste

Le travail de Katarzyna Wiesiolek se situe dans une zone plus silencieuse, mais tout aussi intense.

Ses dessins semblent tenir sur un fil :
formes fragiles, compositions épurées, tension permanente entre apparition et disparition.

Il y a une économie de moyens, mais une charge émotionnelle forte.

Le dessin devient ici un espace de retenue —
et c’est précisément ce qui le rend puissant.


Ce que dit cette sélection

Ce qui frappe, ce n’est pas une tendance unique.
C’est au contraire une dispersion totale :

→ dessin documentaire
→ dessin narratif
→ dessin instinctif
→ dessin sculptural
→ dessin minimal

Le médium explose dans toutes les directions.


Le Prix Drawing Now 2026 ne consacre pas seulement un artiste.
Il révèle une chose plus intéressante :

le dessin n’est plus une technique.
C’est un champ de tension.

Et visiblement, il n’a jamais été aussi vivant.

Mise à jour du 25 mars :

Chloé Vanderstraeten remporte le Prix Drawing Now 2026

Le dessin sort du cadre — et devient architecture.

Le 25 mars 2026, lors du vernissage de la 19e édition de Drawing Now Paris au Carreau du Temple, Chloé Vanderstraeten a remporté le Prix Drawing Now 2026, une récompense majeure dédiée au dessin contemporain. 

Âgée de 29 ans et représentée par la galerie Traits Libres, l’artiste s’est imposée face à quatre autres finalistes (Guénaëlle de Carbonnières, Roman Moriceau, Maxime Verdier et Katarzyna Wiesiolek), sélectionnés parmi les 71 galeries participantes. 

Un dessin qui devient volume

Le travail de Chloé Vanderstraeten ne se limite pas à la feuille : il la plie, la découpe, la déploie dans l’espace. À partir d’iconographies scientifiques — cartes, schémas, dessins techniques — elle construit des formes presque architecturales où le dessin devient structure. 

Parmi ses œuvres marquantes présentées cette année :

  • Colonne II (2025), une pièce monumentale en papier découpé et plié, pensée comme une sculpture linéaire
  • des installations où le papier se transforme en volume, entre fragilité et tension

Son approche déplace le dessin vers une expérience physique : ici, la ligne ne représente plus — elle construit.

Une récompense structurante

Le Prix Drawing Now 2026 est doté de 20 000 €, répartis entre :

  • 5 000 € pour l’artiste lauréate
  • 10 000 € de soutien à la production
  • une exposition personnelle de 3 mois au Drawing Lab (Paris) accompagnée d’un catalogue monographique
  • ainsi qu’une dotation matérielle partagée entre les finalistes 

Plus qu’un prix, c’est un accélérateur : visibilité institutionnelle, production d’exposition, inscription dans le paysage du dessin contemporain.

Le dessin en mutation

Cette édition confirme une chose : le dessin n’est plus un médium discret. À Drawing Now 2026, il s’étend, s’hybride, devient installation, volume, environnement.

Avec Chloé Vanderstraeten, le geste graphique quitte définitivement le papier pour entrer dans l’espace — et, au passage, redessiner notre manière de regarder.

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