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Marilyn Monroe : l’icône la plus vue d’Hollywood reste une actrice mal regardée.

AGENDA — Marilyn, l’image qui déborde le cadre
À la Cinémathèque française, on ne redécouvre pas une star. On apprend enfin à la regarder.

On croit connaître Marilyn Monroe parce qu’on connaît sa silhouette.
Une robe blanche, une bouche entrouverte, un rire suspendu quelque part entre innocence et stratégie.

Mais à force d’avoir été vue partout, Marilyn est devenue invisible autrement :
comme actrice, comme travailleuse de l’image, comme intelligence du jeu.

Avec “Marilyn Monroe : 100 ans !”, présentée à La Cinémathèque française à partir du 8 avril, le projet est clair :
déplacer le regard.
Moins l’icône, plus le travail.
Moins le fantasme, plus la fabrication.

Marilyn, visage trop connu, actrice encore sous-estimée


On croit connaître Marilyn parce qu’on connaît sa silhouette. L’exposition rappelle qu’un visage ultra-reproduit peut aussi cacher une actrice très peu regardée.

Norma Jeane avant Marilyn : une biographie à écrire vite mais bien

Avant Marilyn, il y a Norma Jeane.
Une enfance fragmentée, des foyers, une instabilité qui n’a rien de romanesque.

Hollywood arrive comme une promesse — et impose immédiatement ses règles :
on fabrique une blonde, on calibre une sensualité, on simplifie une présence.

Marilyn Monroe n’est pas née.
Elle a été composée.

Et très vite, elle comprend quelque chose que peu d’actrices maîtrisent aussi tôt :
l’image n’est pas un reflet, c’est un outil.

  • naissance à Los Angeles en 1926 ;
  • enfance instable, foyers d’accueil et orphelinat ;
  • mariage très jeune ;
  • passage du mannequinat au cinéma ;
  • débuts à Hollywood à la fin des années 1940 ;
  • construction progressive de “Marilyn Monroe” comme persona publique. 

Le système des studios : fabriquer un sex-symbol, minimiser une actrice

  • le star-system comme machine à simplifier ;
  • la blondeur comme costume idéologique ;
  • la confusion permanente entre personnage public et vérité intime ;
  • le fait qu’on a souvent lu ses rôles comme de simples prolongements d’elle-même. 

Revoir les films : Marilyn n’est pas qu’une image, c’est un jeu

Regarder ses films aujourd’hui, c’est presque une expérience corrective.

Dans All About Eve, elle apparaît déjà comme une anomalie lumineuse.
Dans Niagara, elle devient une présence magnétique, presque abstraite.
Dans Gentlemen Prefer Blondes, elle joue avec son propre stéréotype comme une actrice conceptuelle.
Et dans Some Like It Hot, elle atteint une précision comique qui n’a rien d’accidentel.

Ce que montre la Cinémathèque :
Marilyn pense son jeu.
Et elle pense aussi la manière dont on va le regarder.

  • la recrue : les débuts, encore cadrés par le studio ;
  • la bombe visuelle : quand Hollywood comprend sa puissance de fixation ;
  • la comédienne consciente : timing comique, précision gestuelle, fragilité mise au travail.

Films à évoquer

  • All About Eve / Ève (1950) pour les débuts remarqués ;
  • Niagara (1953) pour la starification érotique ;
  • Gentlemen Prefer Blondes / Les Hommes préfèrent les blondes (1953) pour le jeu avec le stéréotype ;
  • Some Like It Hot / Certains l’aiment chaud (1959) pour la virtuosité comique. 

Les images qui ont fabriqué Marilyn

Si Marilyn nous obsède encore, c’est peut-être moins à cause du cinéma que de la photographie.

Avec Eve Arnold, elle devient mobile, presque insaisissable.
Avec Richard Avedon, le masque glamour se fissure.
Et avec Andy Warhol, elle bascule définitivement ailleurs :
dans le champ de la reproduction, de la répétition, du mythe industriel.

Eve Arnold : la Marilyn intime, mobile, entre pose et retrait

Eve Arnold est l’une des grandes photographes associées à Marilyn dans l’exposition. Son importance tient au fait qu’elle montre souvent une Marilyn plus souple, plus observée dans les marges du glamour que dans son explosion frontale.

Richard Avedon : l’image glamour qui se fissure

MoMA conserve le célèbre “Marilyn Monroe, actress, New York. May 6, 1957” de Richard Avedon.

Chez Avedon, Marilyn n’est pas seulement brillante, elle apparaît aussi comme un visage traversé par autre chose que le glamour pur. 

Andy Warhol : quand Marilyn quitte Hollywood pour devenir icône pop

MoMA date la série “Marilyn Monroe” de Warhol de 1967, portfolio de dix sérigraphies.

Les couvertures de magazines : Marilyn ou la machine médiatique parfaite

Avant Instagram, il y avait déjà une saturation.
Elle passait par les magazines.

Marilyn fera plusieurs couvertures du magazine LIFE, devenant une sorte de présence familière mondiale.

Mais cette proximité est trompeuse.
Chaque image rapproche — tout en épaississant le mystère.

Elle est partout, donc elle échappe.


LIFE rappelle que Marilyn a fait la couverture du magazine six fois de son vivant. Parmi les plus célèbres :

  • 7 avril 1952, photo de Philippe Halsman ;
  • 25 mai 1953, avec Jane Russell, photo d’Ed Clark ;
  • 20 avril 1959, photo de Richard Avedon ;
  • 9 novembre 1959, photo de Philippe Halsman ;
  • 15 août 1960, photos associées à John Bryson et Lawrence Schiller dans la galerie LIFE ;
  • 22 juin 1962, pages LIFE peu avant sa mort. 

  • Marilyn comprend très tôt que la couverture n’est pas une simple vitrine, mais un dispositif de pouvoir ;
  • sa photogénie n’est pas “naturelle” au sens naïf : elle est travaillée, calibrée, performée ;
  • les magazines fabriquent une proximité fictive avec la star tout en épaississant son mystère. 

La “vie posthume” de Marilyn

La mort de Marilyn ouvre un spectaculaire chapitre de vie post mortem. L’expo assume cette dimension et va jusqu’à la célébrer dans une installation inspirée de la culture ballroom, avec une référence à Madonna comme grande machine pop d’appropriation et de re-rayonnement. Oui, la Cinémathèque a décidé de ne pas faire petit bras. 


Marilyn n’est pas seulement une femme morte jeune devenue mythe. Elle est une image qui n’a jamais cessé de changer de régime :
cinéma, presse, mode, pop art, clip, drag, culture queer, remix visuel.

Ce que l’expo répare

  • regarder une femme au travail ;
  • regarder une star comme construction culturelle ;
  • regarder une actrice que l’histoire a souvent réduite à son photogénie. 

Références :

  • LIFE Magazine, 7 avril 1952, photo de Philippe Halsman ;
  • LIFE Magazine, 25 mai 1953, photo de Ed Clark avec Jane Russell ;
  • Richard Avedon, Marilyn Monroe, actress, New York. May 6, 1957 ;
  • Andy Warhol, Marilyn Monroe, 1967 ;
  • films : ÈveNiagaraLes Hommes préfèrent les blondesCertains l’aiment chaud

Infos pratiques

Marilyn Monroe : 100 ans !
📍 La Cinémathèque française
📅 Du 8 avril au 26 juillet 2026
🎟️ Tarifs : env. 12€ / réduit ~9€
🕒 Horaires variables selon les jours

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