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Art contemporain : définition, mouvements et artistes

L’art contemporain n’est ni un style, ni un mouvement, ni simplement « l’art fait aujourd’hui ». De l’après-guerre aux pratiques numériques, il désigne un territoire artistique dont les frontières n’ont cessé de bouger. Pour le comprendre, mieux vaut oublier un instant la chronologie et regarder ce qui a réellement changé : l’œuvre, l’artiste, les matériaux et même la définition de l’art.

Une toile monochrome. Une pièce vide. Un requin conservé dans du formol. Une photographie mise en scène. Un néon fixé au mur. Une performance de plusieurs heures. Quelques lignes de texte. Un fichier numérique.

Tout cela peut appartenir à l’art contemporain.

C’est probablement ce qui le rend à la fois fascinant et difficile à définir. Contrairement au cubisme, au surréalisme ou à l’impressionnisme, l’art contemporain ne correspond pas à une esthétique identifiable. Il ne possède ni manifeste commun, ni technique dominante, ni groupe d’artistes partageant nécessairement les mêmes intentions.

Il désigne plutôt un champ dans lequel coexistent des pratiques extrêmement différentes.

Et sa première particularité est peut-être celle-ci : personne ne s’accorde tout à fait sur sa date de naissance.

Qu’est-ce que l’art contemporain ?

Dans son sens le plus large, l’art contemporain désigne les pratiques artistiques apparues après la Seconde Guerre mondiale et développées jusqu’à aujourd’hui.

Mais cette définition est surtout une convention.

Les historiens et les institutions ne placent pas tous la frontière au même endroit. Certaines chronologies commencent en 1945. D’autres privilégient les années 1960, lorsque le Pop Art, Fluxus, le minimalisme, l’art conceptuel ou le Nouveau Réalisme bouleversent profondément les catégories artistiques. Le MoMA utilise aujourd’hui une définition encore plus récente et situe approximativement le contemporain entre 1980 et aujourd’hui. Le Centre Pompidou rappelle de son côté que les frontières entre art moderne et art contemporain restent historiquement imprécises.

Ce désaccord n’est pas anecdotique.

Il révèle quelque chose de fondamental : l’art contemporain ne commence pas vraiment un jour précis. Il apparaît progressivement lorsque les anciennes catégories cessent de suffire.

La peinture et la sculpture ne disparaissent pas. Elles cessent simplement d’occuper seules le centre du jeu.

L’œuvre peut désormais être une action, une idée, un environnement, une photographie, une vidéo, un objet industriel, une intervention dans le paysage ou une expérience impliquant directement le spectateur.

Art moderne et art contemporain : quelle différence ?

La confusion est fréquente parce que, dans le langage courant, « moderne » signifie récent.

En histoire de l’art, c’est presque l’inverse.

L’art moderne désigne généralement les transformations artistiques qui commencent au XIXe siècle et se développent durant la première moitié du XXe siècle : impressionnisme, fauvisme, cubisme, futurisme, abstraction, dada, surréalisme.

Ses artistes rompent progressivement avec les conventions académiques. La perspective peut être déconstruite. La couleur devient autonome. La représentation fidèle du réel cesse d’être une obligation.

L’art contemporain hérite de ces ruptures, mais déplace encore la question.

Il ne demande plus seulement : comment faire une image autrement ?

Il peut demander : qu’est-ce qui peut devenir une œuvre ?

Cette interrogation existait évidemment avant lui. Marcel Duchamp l’avait radicalement posée dès les années 1910 avec ses ready-made. Mais à partir des années 1960 et 1970, elle devient l’un des moteurs majeurs de la création artistique.

Le matériau, le geste, le lieu, le langage, le corps de l’artiste ou le comportement du public peuvent désormais constituer l’œuvre elle-même.

Le moment où les mouvements commencent à disparaître

L’histoire de l’art moderne peut facilement être racontée comme une succession de mouvements : impressionnisme, cubisme, futurisme, dada, surréalisme…

Cette manière de raconter l’histoire devient beaucoup moins efficace pour la période contemporaine.

Autour des années 1970, plusieurs pratiques artistiques radicalement différentes commencent à coexister. Le MoMA décrit précisément cette transformation comme le passage d’une histoire structurée autour d’une succession de « -ismes » vers un paysage artistique pluraliste. Photographie, vidéo et performance remettent alors en cause la domination traditionnelle de la peinture et de la sculpture.

Il existe encore des mouvements. Mais progressivement, ils ne suffisent plus à décrire l’époque.

C’est peut-être la meilleure manière de comprendre l’art contemporain : non comme un nouveau mouvement, mais comme le moment où aucun mouvement ne peut plus résumer à lui seul ce que font les artistes.

Les grands mouvements de l’art contemporain

Certaines tendances restent néanmoins essentielles pour comprendre comment ce territoire s’est construit.

Pop Art : quand la culture populaire entre dans l’art

Dans les années 1950 et surtout 1960, le Pop Art fait entrer dans les œuvres les images de la publicité, des magazines, du cinéma, des produits de consommation et des célébrités.

Andy Warhol transforme Marilyn Monroe, les boîtes de soupe Campbell ou les images médiatiques en matériaux artistiques. Roy Lichtenstein emprunte son vocabulaire visuel à la bande dessinée.

La frontière entre culture dite savante et culture populaire devient soudain beaucoup moins stable.

Nouveau Réalisme : récupérer le monde réel

En France, les artistes associés au Nouveau Réalisme travaillent directement avec les objets et les matériaux de la société industrielle.

Arman accumule. César compresse. Jacques Villeglé prélève des affiches lacérées dans la rue. Yves Klein utilise notamment le corps, le vide et la couleur comme matériaux de ses expérimentations.

L’œuvre ne représente plus nécessairement le monde : elle peut en prélever des fragments.

Minimalisme : enlever presque tout

Aux États-Unis, le minimalisme des années 1960 réduit les œuvres à des formes simples, souvent géométriques et produites avec des matériaux industriels.

Donald Judd, Dan Flavin, Robert Morris ou Sol LeWitt refusent notamment la virtuosité expressive associée à une partie de la peinture précédente.

Le MoMA définit le minimalisme comme un mouvement principalement américain des années 1960 utilisant des formes géométriques simples, des procédés rationnels et fréquemment des techniques de fabrication industrielles.

Ce qui paraît simple visuellement produit pourtant une transformation importante : le spectateur devient beaucoup plus conscient de l’espace, de l’échelle et de son propre corps face à l’œuvre.

Art conceptuel : l’idée peut devenir l’œuvre

Avec l’art conceptuel, une transformation encore plus radicale apparaît : l’objet artistique n’est plus forcément l’élément essentiel.

L’idée peut suffire.

Joseph Kosuth, Lawrence Weiner, Sol LeWitt ou Art & Language interrogent le langage, les systèmes de représentation et la définition même de l’œuvre.

Le MoMA rappelle qu’à partir des années 1960 ces artistes privilégient explicitement les idées plutôt que les objets et les matériaux traditionnellement associés à la fabrication artistique.

Une œuvre peut donc prendre la forme d’une instruction, d’un texte, d’un protocole ou d’une documentation.

Arte Povera : faire de l’art avec presque rien

En Italie, à partir de la fin des années 1960, les artistes associés à l’Arte Povera utilisent terre, bois, chiffons, pierres, végétaux ou matériaux industriels.

Michelangelo Pistoletto, Jannis Kounellis, Mario Merz ou Giuseppe Penone remettent en question la valeur traditionnelle de l’objet artistique et son rapport à la nature, à l’industrie et au temps.

Le « pauvre » de l’Arte Povera n’est donc pas seulement économique. Il correspond à une volonté de sortir des hiérarchies habituelles des matériaux.

Land Art : sortir du musée

Pourquoi une œuvre devrait-elle nécessairement entrer dans une galerie ?

À partir des années 1960, certains artistes interviennent directement dans le paysage.

Robert Smithson réalise Spiral Jetty dans le Grand Lac Salé en Utah. Nancy Holt construit ses Sun Tunnels dans le désert. D’autres œuvres sont éphémères et ne subsistent que par leurs photographies, films ou documents.

Le lieu n’accueille plus simplement l’œuvre : il peut en devenir une composante essentielle.

Performance et Body Art : lorsque le corps devient matériau

Avec la performance, l’œuvre peut devenir une action limitée dans le temps.

Marina Abramović, Chris Burden, VALIE EXPORT, Gina Pane ou Ana Mendieta utilisent le corps pour interroger la violence, les normes sociales, l’identité, le genre, la présence ou les limites physiques.

Le spectateur change également de statut.

Il ne regarde plus nécessairement un objet terminé. Il peut assister à quelque chose qui se déroule devant lui — voire être invité à y participer. Les pratiques participatives développées depuis les années 1950 et 1960 ont précisément cherché à modifier cette séparation traditionnelle entre artiste, œuvre et public.

Après les mouvements : un art de plus en plus difficile à classer

À partir des années 1980, les catégories deviennent encore plus poreuses.

Cindy Sherman utilise la photographie pour construire des identités fictives. Jean-Michel Basquiat fait circuler dans sa peinture des références à l’histoire, au racisme, à l’anatomie, à la rue et à la culture populaire. Barbara Kruger emprunte les codes graphiques de la publicité. Jeff Koons brouille les frontières entre kitsch, industrie, luxe et culture de masse.

La photographie prend une place croissante dans les pratiques conceptuelles. Le Metropolitan Museum souligne notamment son rôle dans l’art conceptuel, le Land Art et la performance, puis l’importance de la Pictures Generation et de l’école de Düsseldorf.

Installation, vidéo, son, textile, archives, objets trouvés et dispositifs numériques rejoignent désormais peinture, sculpture et dessin.

Un même artiste peut passer de l’un à l’autre sans avoir à choisir son camp.

Quels sont les artistes majeurs de l’art contemporain ?

Toute liste est forcément incomplète.

Elle dépend également de l’endroit depuis lequel l’histoire est racontée. Le récit longtemps dominant de l’art contemporain a privilégié l’Europe occidentale et les États-Unis. Les musées réévaluent aujourd’hui ce cadre en intégrant davantage des scènes, artistes et histoires longtemps marginalisés.

Certaines figures restent néanmoins essentielles pour comprendre les transformations du champ artistique : Andy Warhol pour la culture de masse ; Donald Judd pour le minimalisme ; Joseph Kosuth pour l’art conceptuel ; Joseph Beuys pour l’élargissement de la notion d’art ; Marina Abramović pour la performance ; Cindy Sherman pour la photographie et la construction des identités ; Jean-Michel Basquiat pour la peinture des années 1980 ; Barbara Kruger pour les rapports entre image, texte et pouvoir.

Mais raconter l’art contemporain uniquement à travers quelques noms célèbres produirait précisément l’effet inverse de ce que son histoire permet de comprendre.

Il n’existe plus un centre unique.

L’art contemporain aujourd’hui

Peinture et sculpture sont toujours extrêmement présentes. Mais elles cohabitent désormais avec installation, photographie, vidéo, performance, art sonore, pratiques participatives, réalité virtuelle, œuvres génératives ou créations utilisant l’intelligence artificielle.

Les artistes travaillent également avec des archives, des données, des communautés, des objets existants ou des systèmes économiques.

Les questions ont elles aussi changé.

Identité, écologie, migrations, mémoire coloniale, surveillance, genre, circulation des images, technologies ou fonctionnement même des institutions artistiques traversent une partie importante de la création actuelle.

Le MoMA souligne ainsi que de nombreux artistes contemporains travaillent sur les questions sociales et politiques de leur époque, expérimentent vidéo, performance et installation, s’approprient des images existantes ou interrogent directement les institutions qui exposent et font circuler l’art.

Cela ne signifie pas que toute œuvre contemporaine doive être politique, numérique ou conceptuelle.

La peinture n’a jamais disparu. Le dessin non plus.

Ce qui a disparu, en revanche, c’est l’idée qu’un médium, un style ou une définition unique pourrait suffire à décrire l’art d’une époque.

Alors, comment reconnaître une œuvre d’art contemporain ?

Probablement en cessant d’essayer de la reconnaître à son apparence.

Deux œuvres contemporaines peuvent ne rien avoir visuellement en commun.

Une peinture figurative, une performance, une sculpture imprimée en 3D et une installation constituée d’archives peuvent appartenir au même champ.

Ce qui les rapproche n’est pas nécessairement leur forme.

C’est leur inscription dans un monde artistique où pratiquement tous les matériaux, images, espaces et dispositifs peuvent désormais être utilisés — et où la question « est-ce encore de l’art ? » fait elle-même partie de l’histoire de l’art.

C’est peut-être le paradoxe le plus intéressant du contemporain.

Pendant plus d’un siècle, les artistes ont progressivement repoussé les frontières de l’œuvre.

Aujourd’hui, la frontière est devenue l’un de leurs matériaux.

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