Today: septembre 30, 2026

Olivier Zahm

Critique · Directeur artistique
Française
Olivier Zahm

Olivier Zahm est un éditeur, critique d’art, directeur artistique et photographe français né à Paris en 1963. Avec Elein Fleiss, il fonde en 1992 Purple Prose, à l’origine de Purple, revue indépendante devenue un point de rencontre entre art contemporain, photographie et mode. Également commissaire d’exposition, il développe depuis les années 1990 une pratique éditoriale fondée sur les collaborations avec artistes, photographes et créateurs. Il dirige toujours Purple, dont il est rédacteur en chef, et poursuit parallèlement son travail photographique.

Olivier Zahm, avant que l’art et la mode ne parlent la même langue

Aujourd’hui, voir un artiste contemporain dans un magazine de mode n’a plus rien d’étrange. Les galeries travaillent avec des marques. Les photographes passent d’une campagne à une exposition. Un défilé peut citer une installation et un magazine mélanger philosophie, vêtements, photographie et nightlife sans avoir à expliquer pourquoi.

Au début des années 1990, cette circulation était beaucoup moins évidente.

C’est précisément dans cet intervalle qu’apparaît Purple.

Fondé à Paris en 1992 par Olivier Zahm et Elein Fleiss, le magazine ne cherchait pas simplement à couvrir une nouvelle génération. Il voulait inventer l’espace éditorial dans lequel cette génération pouvait exister. Purple

Plus de trente ans après, c’est probablement là que se situe l’importance de Zahm.

Avant la mode, l’art contemporain

Zahm ne vient pas initialement de la presse de mode.

Né à Paris en 1963 dans une famille d’universitaires, il étudie la philosophie, la sémiologie et le langage à la Sorbonne. Il commence parallèlement à écrire sur l’art contemporain, notamment pour Artforum, Flash Art et Art Press. Il expliquera plus tard que cette formation continue de déterminer son regard sur la mode : il l’aborde d’abord depuis l’art. Purple

Cette origine est essentielle pour comprendre Purple.

Le magazine ne consiste pas à ajouter quelques artistes à une publication de mode. Son point de départ est exactement inverse.

Il vient d’une insatisfaction envers la presse artistique.

Purple Prose : fabriquer son propre contexte

En septembre 1992, Zahm et Elein Fleiss publient le premier numéro de Purple Prose.

Le récit qu’en donne Purple trente ans plus tard est particulièrement clair : le jeune couple veut créer une publication indépendante « faite par des artistes pour des artistes », en réaction à une presse artistique qu’il ne reconnaît plus. Purple

Ils disposent de peu de moyens.

Mais ils possèdent quelque chose de plus intéressant : une scène.

Dominique Gonzalez-Foerster participe aux premières réunions éditoriales. Le magazine s’intéresse très tôt à Maurizio Cattelan. Autour de lui circulent artistes, écrivains, photographes et créateurs qui ne sont pas encore nécessairement les figures institutionnelles qu’ils deviendront. Purple

Purple fonctionne donc moins comme un observateur extérieur que comme un lieu de rencontre imprimé.

Cette nuance change tout.

Le magazine comme exposition

La frontière entre publication et espace d’exposition devient rapidement poreuse.

Zahm et Fleiss organisent notamment L’Hiver de l’Amour au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1994, avant que le projet devienne Winter of Love au PS1 de New York en 1995. Centre Pompidou

En 2000, le Centre Pompidou invite le Purple Institute pour Elysian Fields. L’exposition réunit une cinquantaine de créateurs de différentes générations et disciplines. Centre Pompidou

Le musée décrit alors le Purple Institute comme un label indépendant issu de la revue.

C’est une définition révélatrice.

Purple n’est déjà plus seulement un magazine.

Publication, exposition, photographie, musique, mode et réseau social physique appartiennent au même projet.

Quand la mode rejoint l’art

Au fil des années, l’écosystème se décline : Purple Prose, Purple Fiction, Purple Fashion, Purple Sexe.

La mode prend progressivement davantage de place.

Mais elle arrive dans un environnement éditorial déjà façonné par l’art contemporain.

La Monnaie de Paris décrit ainsi Purple comme un objet hybride réunissant jeune scène artistique et mode, avec des séries de photographes comme Wolfgang Tillmans, Juergen Teller, Mario Sorrenti ou Terry Richardson. La Monnaie de Paris

Ce mélange contribue à déplacer l’esthétique du magazine de mode.

Les images ne doivent plus nécessairement produire une perfection distante. Elles peuvent paraître immédiates, intimes, sexuelles, imparfaites ou documentaires.

Le luxe peut rencontrer une chambre mal rangée.

Le vêtement cesse parfois d’être le véritable sujet de la photographie.

Une communauté avant l’algorithme

Il existe aussi quelque chose d’étonnamment contemporain dans le fonctionnement de Purple.

Le magazine se construit autour d’un réseau de personnes qui reviennent, collaborent, deviennent sujets puis contributeurs.

Zahm revendique cette dimension communautaire. Dans l’anthologie consacrée aux années 1992-2006, il décrit le magazine alternatif comme une réponse à la fois poétique et politique et rappelle la volonté initiale de soutenir des artistes ignorés par les publications dominantes. Purple

Autrement dit, Purple faisait avec du papier ce que les plateformes numériques feront ensuite à une autre échelle : construire une communauté par circulation permanente des images, des personnes et des références.

Sauf que cette communauté était éditée.

Tout le monde n’y entrait pas.

De l’éditeur au personnage

Avec Internet, Zahm déplace encore cette frontière.

Son blog personnel transforme progressivement sa propre vie en matériau éditorial : voyages, artistes, hôtels, fêtes, corps, vêtements et rencontres rejoignent le flux de Purple.

L’éditeur autrefois situé derrière le magazine devient lui-même personnage du magazine.

Cette évolution est aussi controversée. Son goût pour une photographie sexuelle et autobiographique, sa mise en scène de jeunes femmes et la confusion volontaire entre vie privée, désir et publication ont suscité des critiques. Le Monde relevait dès 2015 cette transformation de Zahm en incarnation très exposée de l’univers Purple. Le Monde

Il serait étrange de gommer cette dimension.

Elle révèle au contraire une tension centrale de son projet : jusqu’où une publication peut-elle confondre regard éditorial et vie personnelle ?

Bien avant Instagram, Zahm expérimente déjà cette porosité.

Purple après Purple

Le plus remarquable reste peut-être la durée.

En 2026, Purple existe toujours. Le magazine reste basé à Paris et publie deux numéros par an, tout en disposant d’implantations internationales. Son édition actuelle continue de faire dialoguer mode, photographie, artistes, écrivains et penseurs. Purple

Zahm continue également d’y interviewer et de photographier lui-même ses sujets. Purple

Ce qui paraissait marginal au début des années 1990 est entre-temps devenu presque une grammaire dominante de la culture visuelle.

Les maisons de luxe commandent des œuvres. Les artistes réalisent des campagnes. Les magazines de mode parlent d’architecture, de politique ou de philosophie. Les directeurs artistiques deviennent des figures culturelles.

Les frontières que Purple cherchait à traverser ont largement disparu.

C’est peut-être le paradoxe de la trajectoire d’Olivier Zahm : une partie de l’esthétique alternative qu’il défendait est devenue le langage même de l’industrie qu’elle voulait contourner.

Mais Purple reste un document privilégié de cette transformation.

Et Zahm l’un de ceux qui l’ont accompagnée depuis l’intérieur.

REPÈRES

NATIONALITÉFrançaise
Grace Coddington, styliste et directrice artistique britannique
Previous Story

Grace Coddington

Latest from Blog

Go toTop