
Accor Arena : pourquoi Paris continue de dire « Bercy »
Les marques passent. Les Parisiens continuent de dire Bercy.
Avant l’Accor Arena, il y eut l’AccorHotels Arena. Et avant les contrats de naming, le Palais omnisports de Paris-Bercy, le POPB. Cette persistance de l’ancien nom dit quelque chose du bâtiment : en quatre décennies, il est devenu davantage qu’une salle où l’on vient voir un concert ou un match.
Lorsqu’il ouvre en février 1984, Bercy participe à la transformation d’un quartier encore marqué par son passé industriel. Les anciens entrepôts de vins ont disparu et l’Est parisien change d’échelle. Le Palais omnisports devient l’un des équipements majeurs de cette recomposition. Paris
Une pyramide qui ne ressemble pas à une arena
Son architecture explique une partie de sa singularité.
Michel Andrault et Pierre Parat imaginent un bâtiment massif mais difficile à classer : un volume pyramidal, octogonal, dont les quatre façades inclinées à 42,5 degrés sont recouvertes de gazon naturel. Les jardiniers doivent encore aujourd’hui intervenir harnachés sur ces pentes. Paris
À l’intérieur, la prouesse est moins visible mais plus déterminante. Quatre grands piliers en béton armé sont repoussés derrière les gradins et reliés à la charpente métallique. La salle peut ainsi fonctionner sans poteaux venant couper les lignes de vue. Paris
Cette structure accompagne l’autre idée fondatrice de Bercy : la métamorphose.
Concert, basket, judo, gymnastique, hockey, patinage, tennis ou scène centrale : le même volume change de configuration plutôt que d’imposer une seule manière de l’utiliser. La capacité peut atteindre environ 20 300 spectateurs dans sa configuration maximale depuis la rénovation. Paris
Bercy comme rite de passage
Mais l’importance culturelle de la salle se mesure moins à sa jauge qu’à ce qu’elle représente.
Pendant plusieurs décennies, « faire Bercy » a constitué une étape symbolique dans la carrière d’un artiste français. Le lieu marque le passage vers le spectacle de masse.
L’histoire de sa Grande Salle permet d’en mesurer l’éclectisme : Scorpions y donne le premier concert en février 1984 ; Jeanne Mas devient la première artiste féminine française à remplir la salle ; NTM, le premier groupe de rap français à y attirer quelque 17 000 personnes. Johnny Hallyday y a donné 93 concerts. Madonna, David Bowie, The Cure, IAM ou Rihanna appartiennent également à cette mémoire accumulée. accorarena
Bercy raconte ainsi plusieurs générations de culture populaire par leurs changements d’échelle : rock, chanson, pop internationale, rap puis nouvelles formes de spectacle global.
Le sport construit parallèlement sa propre histoire du lieu. Basket, gymnastique, judo, handball, tennis ou sports de glace ont régulièrement transformé l’arène. Cette double identité atteint un point particulièrement visible lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, lorsque l’enceinte accueille notamment des compétitions de gymnastique et les phases finales du basket. Paris
2015 : ouvrir la forteresse
Le Bercy actuel n’est pourtant plus exactement celui de 1984.
Une rénovation majeure menée en 2014-2015 transforme l’équipement pour 135 millions d’euros. Elle augmente sa capacité, améliore son accessibilité et crée notamment un hall de 2 000 m². Surtout, le projet cherche à corriger l’un des paradoxes du bâtiment originel : monumental au milieu de Paris, il communiquait peu avec la ville qui l’entourait. Paris
De nouvelles ouvertures vers la rue de Bercy et la Seine, des terrasses et des circulations de plain-pied cherchent alors à rendre cette énorme machine événementielle moins hermétique. Paris
C’est aussi à cette période que le nom historique commence à disparaître derrière le naming commercial.
Pourtant, « Bercy » résiste.
C’est peut-être la meilleure indication de la place acquise par le lieu : une marque peut acheter le nom de l’arène, beaucoup plus difficilement celui que quarante ans de concerts, de matchs et de souvenirs ont installé dans le langage.